J’ai roulé à Daytona

23 février – Me voici au speedway. Dans le hall d’accueil il y a une voiture NASCAR en écorché qui permet de voir parfaitement comment elles sont construites massivement avec des gros tubes soudés.

Tout est remarquablement organisé. Les badges, la clé USB pour la vidéo et une bouteille d’eau nous attendent. Le temps est couvert. Quelques gouttes de pluie sont tombées en arrivant et ils attendent que ça sèche. Le temps va aller en s’améliorant pour finir par du bleu complet dans la journée mais pour l’instant c’est pas plus mal, pas de soleil dans les yeux.

En attendant on nous donne des combinaisons et on fait des photos dans l’immense salle de presse. Puis on passe à la salle de briefing. Je ne comprends pas la moitié de ce que le type raconte. Je comprends juste que les freins sont très durs, normal, ils ne sont pas assistés, qu’il ne faut pas rouler à deux de front à cause des turbulences, et qu’il ne faut pas sortir du banking en virage à cause de l’angle aigu que fait la piste, 31°, avec la partie plate. Il n’y a pas d’arrondi, l’auto mettrait 2 roues en l’air et finirait en toupie sans compter les dégâts aux porte à faux !  Je suis donc un peu inquiet. Mon voisin est canadien et me donne quelques autres explications. On monte sur le banking dès la sortie des pits et on en redescend à l’opposé en fin de session avant le virage 3. Le bouton sur le volant c’est pour parler au micro dans le casque et répondre au moniteur car on sera seul à bord. Les moniteurs sont en liaison radio et situés en haut de la tour centrale du circuit et te voient sur tout le tour.

On se dirige ensuite vers la piste, 6 à 8 voitures sont là et tournent déjà car il y a aussi des baptêmes en passager. J’attends mon tour. Comme je ne suis pas sûr d’avoir tout compris on va me faire rouler derrière une autre voiture pilotée par un professionnel et je n’aurai qu’à faire pareil, et c’est la source du malentendu à venir…

On est appelé un par un pour choisir un casque à sa taille puis dirigé vers une voiture. J’aurai la 43, le numéro fétiche de Richard Petty… On nous accroche le système HANS sur les épaules et au casque. Employé au début en Formule 1, il s’est généralisé et pare au « coup du lapin » en cas de choc frontal. Puis faut s’introduire dans l’auto. Les gros ont du mal ! Lancer la jambe droite et la passer par la fenêtre, s’assoir sur le rebord puis passer la gauche et se couler à l’intérieur dans le baquet. L’assistant boucle et serre les harnais, vérifie qu’on peut débrayer à fond et met le volant en place. Je suis parfaitement maintenu, bien encastré mais ne peut pas trop tourner la tête à cause du HANS. De toute façon faut regarder devant ! On conduit assez près du volant, de grande taille en NASCAR. Il y a 4 rapports de vitesse sur les voitures NASCAR dont les moteurs ont du couple et une fois lancé on ne roule que sur le dernier rapport, grille en H classique. J’ai du mal à croire que je suis là, en bas des immenses tribunes où je me trouvais dimanche dernier.

Ma voiture pilote vient devant et embarque un passager. L’assistant démarre le moteur que je maintiens à coup de gaz. Ces voitures font vraiment un bruit terrible ! La voiture devant part et je la suis sans caler. Très vite je m’aperçois qu’il y a un limiteur de régime sur chaque rapport mais surtout, je suis vite assez consterné car la voiture de devant ne roule pas vite. Les virages se succèdent dans une impression de lenteur terrible jusqu’à la fin de la session. Il n’y a aucune sensation dans les virages. A l’arrivée je manifeste mon mécontentement mais on me dit que celui de devant calait sa vitesse sur la mienne. Comme je gardais une bonne marge de sécurité, on ne s’est pas compris !

Qu’à cela ne tienne je ne suis pas venu pour rien et demande une session pour le lendemain !

En attendant, le canadien m’a indiqué un musée à voir à une centaine de km, à Ocala, et je décide d’y aller pour me passer les nerfs.

La route pour y aller est très agréable, un peu vallonnée par endroits, avec des plans d’eau, et traverse une forêt classée nationale avec de beaux et grands arbres qui alternent avec des palmiers. Curieusement malgré la chaleur, pas de trace de sécheresse, les pelouses et les prairies sont vertes.

Les dépassements sur les routes à 2 voies avec la Camaro sont un régal. Une fois dans les tours c’est un missile ! Aux feux rouges je mets pied dedans et le régime moteur monte jusqu’à la limite de zone rouge à 7000 tours dans un feulement grisant.

J’arrive au Big Daddy Don Garlits Museum of Drag Racing.

Don Garlits, surnommé Big Daddy, (ça me poursuit ces daddys) est le pape du dragster aux USA. Né en Floride il a gagné un nombre incalculable de ces courses d’accélération deux par deux sur le quart de mile (400 mètres) et est le premier à avoir franchi successivement les 200, 250, 270 mph (434 km/h) en vitesse terminale avec des engins toujours plus puissants, les « top fuel ». Le dragster et les vapeurs de méthanol conservent puisqu’il a aujourd’hui 85 ans et c’est lui que je croiserai sur le parking à la sortie tout à l’heure, au volant d’un hot rod.

En savoir + sur les courses de dragster avec mon article du 13 juin 2017 et des vidéos.

A Ocala, Don Garlits a créé un musée où il a rassemblé ses petites affaires issues de son logement et de son garage et ses souvenirs, répartis en plusieurs salles.

Autour du musée, on est accueilli  par un avion Crusader, tandis que Don Garlits s’en va avec son hot rod :

La première salle est dédiée à l’histoire de l’automobile, des premiers tacots aux muscle cars. C’est dommage pour les photos car les voitures sont tassées les unes contre les autres avec des gros panneaux partout qui les cachent en partie.

Les deuxième et troisième salles sont consacrées aux dragsters et une quatrième à leurs moteurs nus.

Au milieu de tout ça on trouve quantité d’objets ou d’instruments divers d’époque, n’ayant pas forcément un rapport avec l’automobile. Une mine pour des historiens !

Je traine là un bon moment avant de prendre le chemin du retour. Ça manque un peu d’animation tous ces engins statiques et silencieux, quand on sait le bruit et la fureur qu’ils peuvent déchainer.

www.garlits.com


24 février – Me voici de nouveau au speedway tôt le matin. On n’est pas nombreux, 5 drivers. Le briefing recommence et j’attrape le gars à la fin pour lui dire que son idée de me faire rouler derrière un autre n’était pas bonne et je lui manifeste ma colère et mon désir de réclamer. Aux voitures, le chef de stand me reconnait et m’annonce qu’il va me faire rouler derrière un autre de nouveau. Nouvelle colère, je ne suis pas venu de France à Daytona pour me trainer à une vitesse de highway (55 mph) comme hier !

Il prend le temps de m’expliquer, je dois coller à la voiture de devant. Pour coller je vais coller je lui dis, je vais même le pousser je lui dis, après tout ces voitures sont faites pour ça. Il me dit si ça ne vas pas assez vite tu demandes speed up dans la radio.

On me prend ma clé USB pour la brancher dans la voiture. Dès qu’elle est en place elle enregistre les deux caméras, l’une face au pilote sur le tableau de bord, l’autre en place « passager » filmant la piste devant entre les raidisseurs de pare brise.

On m’équipe comme hier, je m’enfile dans le baquet, on me sangle, on me branche la radio sur le casque et une jeune femme vient me voir toute gentille, passer la première pour éviter qu’on mette la marche arrière située en avant aussi. Y en a qui ont dû démarrer en marche arrière ! Elle fixe la grille latérale souple qui obture la fenêtre et me demande si ça va. Je lui renouvelle ma colère, je redis que je vais pousser celui de devant s’il n’avance pas. Je le redis encore au gars qui démarre mon moteur avec un levier à bascule au tableau de bord à gauche et me tape sur l’épaule …

Je suis quand même plus détendu qu’hier, sachant comment ça marche. J’examine un peu l’intérieur de la voiture et vérifie la commande d’extincteur à main droite dont on nous a parlé au briefing. Il y a une batterie de compteurs ronds à fond blanc devant, températures, pressions et le gros compte-tours. Y a pas d’horizon comme sur les avions ! Sur les voitures qui courraient dimanche dernier, tout ça est maintenant remplacé par un grand écran numérique.

Ma voiture du jour

La voiture de devant démarre, je lance le moteur au rupteur et débraye, bien décidé à lui remplir les rétros et plus si pas d’affinités. 2, 3, 4 au rupteur, je colle, on prend de la vitesse et cette fois-ci ça déménage ! Je vois enfin défiler les grillages et les gradins à toute vitesse, les virages arriver à toute allure. Je soulage un peu à chaque entrée puis remets de suite pied dedans et chaque fois que je le rattrape en sortie de virage, rupteur ! Mais c’est bon, on sent bien la force centrifuge dans les virages qui veut t’emmener au mur en haut et il faut souquer ferme sur le cerceau pour rester dans l’aspiration de celui de devant. Je comprends pourquoi les volants sont si grands et finalement je trouve très amusant de suivre une autre voiture, il n’y a pas à réfléchir, pied dedans, puisqu’il passe on passe aussi.

De loin les virages paraissent très larges, une fois dedans ils paraissent au contraire très creux avec la vitesse. Je découvre toutes les traces de pneus laissées par les voitures dimanche dernier, certaines en arabesques, d’autres tout droit au mur …

Les tours s’enchainent. je ne devais en faire que 3 ou 4 mais mes colères ont du porter ils en rajoutent. Ils m’encouragent même avec des good job Patrick à chaque sortie de virage. Au 6ème je commence à fatiguer, au 7ème j’ai un début de crampe dans la main droite quand le coach en haut de la tour m’annonce slow down at turn 2. Je lâche aussitôt mon lièvre et me détend. Ouf, 200 tours comme ça en paquet, comment font-ils dans la fournaise de cette caisse ? Il y a forcément un relâchement ou une inattention à un moment et c’est le crash. Il faut vraiment être un athlète entrainé pour tenir 200 tours et passer au travers des embuches.

En plus à ces vitesses, la piste parait vraiment étroite et je n’imagine pas du tout qu’on puisse être 3 de front. Pourtant ils le font.

Après le virage 2 on descend doucement à gauche dans la partie plate et on finit le tour tranquille. A l’approche de la zone des stands ils te rappellent de bien tester les freins. A l’arrivée tout le monde est gentil avec moi et me demande si j’ai apprécié. Ah ça oui cette fois ! J’ai bien mouillé la combi.

A la remise de « diplôme », j’ai une top speed de 153.65 mph (247 km/h). Ça me parait plausible, j’ai fait 210 à Mortefontaine avec le SLK et là ça défilait vraiment plus vite. Un jeune devant moi a fait 152.25, ça se tient.

Le compte tours affichait plus de 5000 tours au rupteur et ces gros V8 de 6000 cm3 doivent bien prendre 7 ou 8000 tours. 2000 tours/mn nous séparaient des pros qui évoluent à plus de 300. Mais on avait des autos réglées pour 250 km/h en suspension, qui ne tiraient pas trop en virage et tiraient à peine à gauche en ligne droite. les pros doivent avoir des autos équilibrées pour 300 en virage, pour pas trop fatiguer, mais qui doivent tirer franchement à gauche en ligne droite, ce qui surprendrait complètement un néophyte comme nous.

Voilà, rouler à Daytona je l’ai fait et c’est une expérience inoubliable.

Les chronos
J’ai effectué 5 tours de 2,5 miles (4023 m) + tour de lancement et tour de ralentissement.
Tour 2 : 1’09” 209,895 km/h
Tour 3 : 1’07” 216,161 km/h
Tour 4 : 1’06” 219,436 km/h
Tour 5 : 1’06” 219,436 km/h
Tour 6 : 1’07” 216,161 km/h

Pour info, le meilleur tour est à 43″ (Bill Eliott en 1987) 336,81 km/h, avec des voitures non bridées… Les moyennes n’évoluent pas car la NASCAR maintient un savant équilibre entre vitesse, sécurité et spectacle.

On voit aussi que Daytona est une piste hyper rapide car avec nos voitures bridées on tournait plus vite que les voitures de cette année sur le tri ovale de Phoenix par exemple (210 km/h au tour).


Au retour, je donne la Camaro à laver, elle était couverte de sable. Chez nous ce sont les portiques de lavage qui avancent. Là c’est la voiture qui avance, frein électrique desserré, entrainée sur une roue avant par un galet coulissant au sol.

Je descends avec passer l’après-midi sur la plage. On est samedi, il y a du monde mais je trouve une place près de l’hôtel. La marée monte, bientôt on ne peut plus circuler et des vagues viennent mourir sous mes roues avant ou sous les barnums des américains.

Il y en a qui jouent à ce jeu à lancer des petits sacs de sable. 2 équipes de 2, les rouges et les bleus, un rouge et un bleu de chaque côté. Le sac posé sur la planche c’est 1 point, dans le trou 3 points. On peut bien sûr pousser un autre sac dans le trou ou bien en sortir 1 de la planche. Cette curieuse méduse échouée sur la plage tente de se dresser.

Vraiment une belle journée !

Publicités

3 réflexions sur “J’ai roulé à Daytona

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s