J’ai roulé à Spa

11 novembre 2017 – En attendant Daytona, j’ai été à Spa Francorchamps, circuit du Grand Prix de Belgique F1 et des 1000 km de Spa endurance, pour une séance de roulage (un « trackday ») avec mon coupé SLK.

J’ai participé à plusieurs trackdays avec ce SLK sur les anneaux de vitesse de Mortefontaine et de Monthléry et sur le routier de 3,5 km de Monthléry, utilement conseillé par Michel Leclère en passager, qui a disputé 8 Grand Prix de Formule 1 en 1975/76. Mais ici c’est Spa, aussi connu que Indianapolis, Daytona, Le Mans ou Monaco. Et on va rouler sur un vrai circuit de Formule 1, sans chicane ni ralentisseur, et passer le raidillon de l’Eau Rouge, monument du sport automobile mondial !

Spa, ce sont 20 virages tous très techniques sur 7 km, dont beaucoup en descente. Un véritable toboggan ! Et aujourd’hui il pleut.

circuit de Spa

Michaël Schumacher y a triomphé 6 fois, Ayrton Senna 5 fois et ce dernier a sa stèle fleurie.

Spa, c’est donc le fameux raidillon de l’Eau Rouge que les meilleurs arrivent parfois à enfiler sans freiner à plus de 300 km/h. On l’aborde en descente après l’épingle de la source. On place la voiture dans un léger gauche avant d’aborder la montée, sensation de tassement garantie à haute vitesse, puis courbe à droite en montée sans visibilité au sommet où il faut à nouveau prendre légèrement à gauche pour la longue ligne droite de Kemmel. Tout soulagement de l’accélérateur se paie cash tout au long de cette ligne droite.

C’est bien la courbe à droite en montée qui est la plus difficile et on sent bien que l’auto veut aller à l’extérieur où vous attendent les barrières proches qui vous renverront inmanquablement dans celles de droite si votre auto n’est pas explosée. Il y a eu ici un nombre incalculable de crashes tant il est facile de rentrer très vite pour ensuite voir la voiture vous échapper. J’en ai visionné des dizaines la veille à l’hôtel sur ma tablette sur YouTube, y compris avec des voitures peu puissantes, car la descente qui précède et le premier gauche peu marqué facilitent la prise de vitesse et l’optimisme. Au briefing ils nous donnent la mauvaise trajectoire, corde trop tôt qui oblige à trop casser le virage qui suit, et la bonne, en marquant bien le premier gauche et en inscrivant bien l’auto afin de pouvoir réaccélerer tôt.

Lorsque je découvre l’Eau Rouge depuis la salle de briefing, j’ai une émotion intense et je suis stupéfait de son étroitesse. J’imagine déjà qu’il va falloir viser juste pour s’enfiler là-dedans !

Spa, c’est la pole à 245 km/h de moyenne en 2017, plus que la vitesse de pointe de mon SLK, et la moyenne du GP de 2017 a été de 218 km/h.

Mon petit SLK, mon « étoile filante », ne fait que 160 chevaux pour 1390 kilos à vide et je n’ai mis que la moitié du plein de 70 litres pour gagner des kilos. Une puissance bien inférieure aux Porsche, dont deux de course, Aston, coupés BMW et Jaguar présents. Il y a même une magnifique Mercedes GTR à V8 6 litres de 585 chevaux. Je ne peux espérer rivaliser qu’avec quelques berlines Alfa ou Audi. Mais avec son moteur placé bas en arrière des roues avant il a une tenue de route irréprochable, à peine sous-vireur, survireur à la demande, et bien campé sur ses pneus Michelin Pilot Sport de 225 à l’avant et 245 à l’arrière et ses suspensions tarées sport.

Mais, par chance (?) il pleut ! Et je sais d’expérience que cela nivelle les puissances, beaucoup de pilotes ne sachant que faire des monstrueuses cavaleries sur sol glissant.

Beaucoup de gentlemen sont là avec de belles autos qu’ils ne veulent pas abimer, pas de kéké en vue. Je pense que chacun est anxieux de rouler sur l’un des circuits les plus rapides et difficiles au monde. Tout le monde écoute religieusement le briefing français-anglais avec les recommandations de sécurité, les drapeaux à respecter, la trajectoire à suivre dans l’Eau Rouge. Chacun a 4 runs à effectuer sur une dizaine programmés toutes les demi-heures. En pratique, on fait un run et on refroidit les freins une demi-heure. J’ai choisi de partir au 2ème run car je veux d’abord voir si tout le monde rentre du premier !

Chacun doit fixer son anneau de remorquage au cas où il faudrait aller le sortir d’un bac à graviers. On roulera feux allumés car les voitures vont soulever beaucoup d’eau et il y a quelques brumes le long du circuit, très vallonné et enchâssé dans la forêt.

Le premier tour se fait à bonne allure derrière voiture de sécurité et feux jaunes clignotants tout au long du circuit, dépassements interdits. Quand les feux jaunes s’éteignent on peut ouvrir en grand.

Prudemment dans chaque session je me suis mis dernier ou dans les derniers. Je préfère rattraper gentiment quelques autos moins rapides que conduire les yeux dans les rétros.

Je me suis quand même bien amusé, avalant des berlines, deux Porsche 911, un coupé Jaguar et la Mercedes GTR dont le pilote ne prenait vraiment aucun risque. Les drapeaux bleus agités facilitent les dépassements et les pilotes courtois vous laissent la place, personne ne veut d’embrouille sur une piste aussi piégeuse. L’anti blocage entre en action à chaque freinage et en virage, j’ai prudemment laissé l’ESP branché et il clignote de temps à autre. Dans cette configuration, le SLK se récupère tout seul quasi instantanément en cas de décrochage.

Par contre on s’est tous fait tourner autour par des Renault Mégane RS, 280 chevaux quand même, conduites par des pros qui emmenaient des touristes en baptême. Sous la pluie, ils arrivaient à « drifter » en traction avant et passaient les courbes à des vitesses impressionnantes.

Une petite compilation de mes 4 runs, ça semble ne pas aller vite mais vous verrez après…

Pour comparer, j’ai trouvé une vidéo d’un trackday par temps sec en Ferrari F430 Scuderia bien conduite et qui tourne autour de voitures plus lentes, tout en suivant des Porsche de course. On y voit les vitesses de passage en virage, les rapports engagés, etc. On y voit bien aussi les traces de ceux qui sont sortis, souvent à la sortie des virages et côté intérieur, ce qui me parait être le risque avec des voitures de série équipées d’ABS. Ne pouvant bloquer les roues quand la voiture est à l’équerre, elle continue d’avancer et finit dans le rail !

Dans l’Eau Rouge, la vitesse de la F430 chute pourtant à moins de 150 km/h voire même 120 quand elle se retrouve coincée derrière une petite Lotus. On est donc très loin des vitesses des Formule 1, avec une voiture pourtant bien taillée (V8 4300 cc 490 chevaux). Pour ma part, impossible de regarder les compteurs à cet endroit mais sous la pluie j’ai du passer en dessous de 100 !

J’ai eu l’occasion de conduire une F430, ainsi qu’une 458 Italia, au circuit Beltoise de Trappes, et ce sont des autos d’une incroyable facilité avec leur moteur V8 central, boite robotisée, double embrayage automatique, changements de rapports par palettes au volant et « manettino » réglé à fond par sécurité (anti patinage et contrôle de trajectoire) car le moniteur disait : « si on la perd en virage, on est satellisé ! »

F430, le manettino en bas à droite, ici en position « race »

Un tour de circuit

On sort du parc par une bretelle qui longe le raidillon de l’eau rouge et on rejoint la piste dans la ligne droite de Kemmel.

Sous la pluie, freinage au panneau 200 mètres à 170 environ avec le SLK pour aborder les virages de Combes. Droite gauche, accélération et nouveau freinage aussitôt pour un méchant droit à 90°.

On remonte un rapport avant de le redescendre aussitôt pour un freinage en descente avant un très long virage à 180° à droite où on sent bien les pneus mordre l’asphalte longtemps, même sur le mouillé. Le revêtement est excellent et les pentes évitent les flaques d’eau.

circuit de Spa

Nouveau freinage en descente pour un gauche à 90° qui commande une longue descente où il va falloir s’appliquer au freinage pour ne pas partir loin, très loin… On entre à grande vitesse dans le très long double gauche de Pouhon, 2 cordes à passer avant de freiner pour un enchainement rapide droite-gauche.

On arrive à Stavelot sur plusieurs courbes très rapides qui s’enchainent et où je roule un peu en dedans car c’est très large et on manque de repères. Vers Blanchimont ça s’accélère encore, ici les F1 sont à fond pour les deux dernières courbes.

A la sortie de Blanchimont on débouche sur la dernière partie du circuit où l’on voit très loin et on a tout le temps de bien préparer son freinage, en observant bien celui de devant pour ne pas s’encastrer dedans s’il freine trop tôt, pour aborder un droite-gauche très lent qui commande la ligne droite de départ dont le revêtement fait un bruit différent sous les pneus. En course on rentre aux stands ici après le droite.

On monte les rapports et avale la ligne droite en se replaçant à gauche. Un puissant roadster BMW qui m’a doublé avant le gauche-droite se met en équerre gauche, puis un peu droite avant de redresser devant moi dans le hurlement de son moteur.

Le freinage à la source est sécure car on sait qu’on a de la place pour se louper et on recommence le tour. Ou bien on rentre au parc à droite, alors que c’est là que débouchent les F1 qui viennent des stands les jours de Grand Prix.

L’épingle de la source est tranquille, d’abord parce que ça ne va pas vite et à la sortie les dégagements sont énormes. En course, il n’est pas rare que la moitié du peloton passe hors piste au départ… Mais on prend rapidement de la vitesse en descente en rasant le mur à droite et là on a l’angoisse de découvrir un peu tard le fond de l’Eau Rouge, si quelqu’un s’y est mis en vrac…

Freinage, bien retarder la corde pour ensuite inscrire l’auto dans la courbe à droite la plus large possible en remontant le raidillon. Là on sent bien que l’auto est limite sous la pluie et ne demande qu’à filer vers les barrières si on la perd. On fixe intensément le haut de la cote sans savoir ce qu’il y a derrière, corde à gauche puis vibreur à droite et on pousse les rapports à fond dans la longue ligne droite de Kemmel…


Deux petites vidéos de la partie finale du circuit, depuis la terrasse du restaurant, et dans l’Eau Rouge :


Cette voiture blanche d’apparence anodine m’a doublé plusieurs fois, très rapide, une VW Golf R de 300 chevaux à 4 roues motrices…


Voilà, et pour finir je vous ai mis Fernando Alonso en Ferrari durant le Grand Prix de Belgique 2013… Ça va très très vite, l’impression que la vidéo est en accéléré ! C’est amusant de voir qu’on est passé au même endroit, sur les mêmes trajectoires, beaucoup moins vite ! Bon, 7 km en un peu plus de 4 mn sous la pluie, ça fait quand même un petit 100 de moyenne !

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